Le 20 octobre 2025, une panne de 15 heures chez Amazon Web Services a paralysé des centaines de services en ligne. De Snapchat à Netflix, en passant par des banques et des compagnies aériennes, l’incident a révélé une vérité inconfortable : l’infrastructure du web mondial repose sur une poignée d’acteurs. Et quand l’un d’eux vacille, c’est tout l’édifice qui tangue.
Un lundi matin où internet s’est arrêté (presque)
Le 20 octobre 2025, des millions d’utilisateurs à travers le monde ont découvert que leurs applications préférées ne répondaient plus. Pas de problème de connexion, pas de bug local. Juste… rien. Snapchat refusait de se connecter, Fortnite ne lançait plus de partie, Canva affichait des pages blanches. Les forums et réseaux sociaux se sont enflammés, et tous les chemins menaient vers la même source : Amazon Web Services (AWS).
Le géant du cloud, qui porte sur ses épaules une part considérable de l’infrastructure numérique mondiale, était en panne. Plus précisément, c’est la région US-EAST-1, en Virginie du Nord, qui a connu une défaillance majeure. Ce centre de données, le doyen d’AWS depuis 2006, héberge une quantité vertigineuse de services critiques.
À 9h11 (heure de la côte Est), AWS a reconnu le problème : taux d’erreur anormalement élevés, latences importantes sur plusieurs services, notamment DynamoDB, cette base de données NoSQL dont dépendent des milliers d’applications.
La liste des victimes s’est allongée au fil des minutes : Airbnb, Reddit, Zoom, Signal, Duolingo, Roblox, Ring, la banque britannique Lloyds, le service de paiement Venmo, Delta Airlines, Netflix… Le spectre des perturbations donnait le vertige.
AWS, c’est quoi exactement ?
Pour comprendre l’ampleur du problème, il faut d’abord saisir ce qu’est AWS.
Amazon Web Services est le leader mondial du cloud computing. Lancé en 2006, AWS propose des services d’hébergement, de stockage, de calcul, de bases de données, d’intelligence artificielle… bref, toute l’infrastructure technique dont ont besoin les entreprises pour faire tourner leurs applications et sites web.
Quelques chiffres pour mesurer l’emprise :
- 33 % du marché mondial du cloud (devant Microsoft Azure et Google Cloud)
- Plus de 4 millions de clients actifs mensuellement
- 40 régions géographiques réparties dans le monde, chacune composée de plusieurs zones de disponibilité
AWS, c’est un peu le système nerveux invisible d’internet. Quand vous commandez un Uber, streamez une série sur Netflix, envoyez un message sur Signal ou consultez votre compte bancaire en ligne, il y a de fortes chances que vos données transitent par un serveur AWS.
Et parmi toutes les régions AWS, US-EAST-1 occupe une place particulière : c’est la plus ancienne, la plus dense, et souvent configurée par défaut dans de nombreux services. Une centralisation qui amplifie l’impact de toute défaillance.
Une panne, quinze heures de chaos
Pendant plusieurs heures, AWS a cherché l’origine du dysfonctionnement. Vers 11h30, la plateforme a annoncé constater des signes encourageants. Fausse alerte. Des résurgences ont frappé de nouveaux services dans l’après-midi américain.
La véritable nature du problème s’est révélée plus tard : un sous-système interne chargé de surveiller le bon fonctionnement des répartiteurs de charge réseau avait défailli. Ce n’était donc pas seulement un problème de navigation DNS comme suspecté initialement, mais une défaillance au cœur même du système de surveillance et de répartition du trafic. La tour de contrôle elle-même était tombée en panne.
Il a fallu attendre environ 22 heures (heure de Greenwich) pour qu’Amazon annonce une résolution complète, avec un délai de deux heures supplémentaires pour résorber l’arriéré de requêtes. Quinze heures d’interruption pour une plateforme qui contrôle près d’un tiers du marché mondial du cloud.
Amazon n’a publié aucun communiqué de presse. Sollicité par Reuters et d’autres médias, un porte-parole s’est contenté d’une phrase exprimant des regrets, renvoyant les journalistes vers la page de statut technique.
Le risque de la monoculture numérique
L’incident pose une question qui dépasse la technique : pourquoi autant de services dépendent-ils d’un seul fournisseur ?
« Nous construisons une infrastructure mondiale avec très peu de diversité dans les plateformes ou les fournisseurs. C’est comme une monoculture agricole : quand tout repose sur une seule souche, une maladie peut anéantir des plantations entières. »
— Dr. Aybars Tuncdogan, professeur associé au King’s College London
Malgré la décentralisation théorique d’AWS en une quarantaine de régions autonomes, chacune disposant de trois zones distinctes censées garantir la redondance, la panne a démontré qu’un nombre substantiel de requêtes essentielles transitent encore par US-EAST-1. Cette architecture concentre le risque au lieu de le disperser.Pour les entreprises qui ont misé l’intégralité de leur infrastructure sur un unique fournisseur, la leçon est rude. La stratégie de redondance, même coûteuse, n’est plus une option mais une nécessité.
« Cette dépendance excessive à l’égard d’un seul fournisseur menace désormais plus que la simple disponibilité des services : elle met en péril la réputation de la marque et la confiance des clients. »
Gadjo Sevilla
Analyste chez Emarketer
Elon Musk et la souveraineté numérique
Au milieu de ce chaos, Elon Musk n’a pas manqué de rappeler que X (ex-Twitter) et Starlink n’avaient pas connu d’interruption. Un tweet accompagné d’une image illustrant la dépendance d’internet à AWS US-EAST-1.
Le message est clair : en contrôlant son infrastructure de bout en bout, X échappe à la dépendance aux géants du cloud. Une forme de souveraineté numérique que peu d’acteurs peuvent se permettre.
Mais cette posture soulève une autre question : est-il souhaitable que quelques milliardaires américains contrôlent l’essentiel de l’infrastructure numérique mondiale ?
« La dépendance de l’Europe aux entreprises de cloud monopolistiques comme Amazon constitue une vulnérabilité sécuritaire et une menace économique que nous ne pouvons ignorer. »
Cori Crider
Directrice exécutive du Future of Technology Institute
Que faire face à cette dépendance ?
Pour les entreprises, plusieurs pistes se dessinent :
1. Diversifier les fournisseurs (stratégie multi-cloud)
Ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Répartir ses services entre AWS, Azure, Google Cloud, voire des acteurs européens comme OVHcloud ou Scaleway. Coût supplémentaire, certes, mais assurance contre les pannes globales.
2. Privilégier plusieurs régions géographiques
Même en restant chez AWS, il est possible de répartir ses services sur plusieurs régions (Europe, Asie, Amérique) pour limiter l’impact d’une panne localisée.
3. Investir dans des solutions hybrides
Combiner cloud public et infrastructure on-premise (serveurs en interne) pour garder la main sur les services critiques.
4. Exiger des SLA (Service Level Agreements) plus contraignants
Les contrats avec les fournisseurs cloud doivent inclure des garanties de disponibilité et des compensations en cas de panne.
5. Soutenir les alternatives européennes
Des initiatives comme Gaia-X (projet de cloud souverain européen) ou des acteurs comme OVHcloud méritent d’être considérées, même si leur maturité technique n’égale pas encore celle des géants américains.
Et pour le SEO, ça change quoi ?
Vous vous demandez peut-être quel rapport avec le référencement naturel. En réalité, tout.
Disponibilité = performance SEO
Google intègre la disponibilité et la vitesse de chargement dans ses critères de classement (Core Web Vitals). Une panne de 15 heures, c’est potentiellement une chute de positions, une perte de trafic organique, et un signal négatif envoyé aux moteurs de recherche.
Hébergement et résilience
Le choix de l’hébergement n’est pas qu’une question technique. C’est un levier SEO à part entière. Un site qui tombe régulièrement perd en crédibilité, en trafic, et en conversions.
À retenir
Et en attendant que des offres européennes (ou françaises) ne tiennent la route, vous pouvez d’ores et déjà vérifier la solidité de votre stratégie de référence SEO/GEO !


